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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 15:44

2012 etat urgence

 

Ci-dessous, après la lecture du livre de François Bayrou, "2012 état d'urgence", une analyse intéressante écrite par Yves Delahaie (professeur de Lettres Modernes dans un collège, militant actif du MoDem aux niveau national, départemental et local, à Lille, où deux élus MoDem participent à la majorité municipale) dont de nombreux articles, dont celui-ci, sont sélectionnés sur le blog du Nouvel Observateur.

l'article sur le blog du Nouvel Obs

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 On le disait discret. Absent. Dans le désert. Bien évidemment, l’actualité l’invitait à revenir de temps en temps sur les plateaux ou dans les colonnes de journaux. Mais François Bayrou, pour dire la vérité, a pris le temps de la réflexion. Son dernier livre, "Abus de pouvoir" remontait à mai 2009. Égrainant les raisons pour lesquelles les valeurs défendues par le locataire de l’Elysée n’étaient pas celles du président du MoDem, ce livre, qui fut un véritable succès de librairie, connut aussi la rançon de sa gloire.

 

François Bayrou, le 9 juillet 2011 - FRANCOIS GUILLOT / AFP

François Bayrou, le 9 juillet 2011 - FRANCOIS GUILLOT / AFP

 

Traversée du désert : Bayrou a-t-il eu raison avant les autres ? 

Le livre, sorti en pleine campagne européenne, alimenta la critique des adversaires politiques qui accusèrent François Bayrou de faire campagne contre Sarkozy quand il se devait de la faire pour l’Europe, faisant fi d’un programme et des idées du MoDem, déclinés chaque soir par ceux qui postulaient effectivement à siéger à Strasbourg et Bruxelles. Le jeu politique est parfois cruel, surtout quand il grossit le dérisoire et occulte l’essentiel. Ce fut, ce soir du 9 juin, le véritable début de la traversée du désert qu’on lui prédisait tant depuis 2007.

Deux ans plus tard, alors que la rentrée politique se prépare en coulisse, François Bayrou a décidé de revenir dans l’arène. Au moment même où le monde vit dans l’incertitude de la crise, dont la fin est annoncée, mais sans cesse reculée. C’est avec la conscience de la gravité du moment que François Bayrou sort, ce 18 août "2012, état d'urgence". L’occasion pour lui de revenir un peu sur le passé.

 

Et notamment sur 2007, quand on le dépeignait en Cassandre, lui qui, finalement, y voyait assez clair : "Dans la campagne 2007, j’ai voulu mettre au centre des débats la dette et les déficits qui l’alimentent. Certains considéraient que c’était pour une élection présidentielle un bien noir message. Pourtant, sept millions de Français l’ont entendu."

Quatre ans plus tard, Nicolas Sarkozy tente de faire adopter sa règle d’or… François Bayrou n’est donc plus seul, rejoint par ceux qui se sont trompés. D’ailleurs, seul, il ne l’a jamais été : "On m’a dit seul. C’était faux. Mes amis, les vrais, mes compagnons d’âme et de combat, les vrais, ne m’ont jamais manqué. Mais être taxé de solitude, c’est plutôt bon signe." Et d’ajouter : "Mais si tu n’es pas capable de tout risquer quand l’essentiel est en jeu, à quoi bon la politique ?"

 

Faire le choix de la vérité

Aujourd'hui, plus qu’un simple témoignage, 2012, Etat d’urgence est un projet, un quasi-programme, une déclaration de candidature qui ne dit pas encore son nom. Mais qu’est-ce qui pousse encore François Bayrou à se lancer pareil défi ?

 

François Bayrou en conférence de presse à Paris le 9 juillet 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

François Bayrou en conférence de presse à Paris le 9 juillet 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

 

À ceux qui croient encore aux programmes qui ne répondent qu'en promesses à l’appétit des citoyens, François Bayrou avance : "Il y a deux conceptions de la démocratie : la démocratie de séduction (…) et la démocratie de conscience."

La politique, n'est-ce pas guider le peuple vers davantage de raison, surtout en ces temps où la crise fera mentir tous les bonimenteurs et autres faiseurs de miracles ? "Nous avons choisi une ligne de conduite : nous dirons la vérité." Et le président du MoDem d’invoquer Orwell : "En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire."

 

Pour autant, la bonne appréciation d’une situation ne fait pas un programme. On a souvent reproché à Bayrou d’exceller dans la critique, Abus de Pouvoir pût-il en témoigner dans sa charge contre les errances sarkozyennes : une plume de fer dans un encrier de velours. 2012, Etat d’urgence rectifie le tir. Et au-delà du diagnostic, offre des solutions. Plus qu’un programme, un engagement.

À ceux qui multiplient les idées et les propositions en les déclinant de mille feux, à ceux qui choisissent de privilégier le dérisoire pour mieux faire oublier leurs manquements, ou encore à ceux qui choisissent la stratégie éternelle du bouc émissaire, François Bayrou répond avec économie : "Je suis arrivé à la conclusion que nous avons devant nous deux questions d’urgence nationale, et deux seulement. La première : produire en France. Retrouver la production dont nous avons perdu des pans entiers, pour reconquérir l’emploi et pour équilibrer nos comptes. Et la seconde : rendre à la France la meilleure éducation du monde. (…) Toutes les difficultés qui nous paraissent insurmontables proviennent de ce double échec."

 

François Bayrou le 30 juin 2011 (BERNARD BISSON/JDD/SIPA)

François Bayrou le 30 juin 2011 (BERNARD BISSON/JDD/SIPA)

 

Ne pas abandonner la production 

Les autres questions prendront leur place, naturellement dans le débat public, mais François Bayrou tient à préciser : "Je connais leur importance et ne les perdrai pas de vue, même si je les sais dépendantes des deux questions de notre survie, la production et l’éducation."

 

La production répond à un enjeu imminent : celui de nos finances publiques. Dans sa mire, l’Allemagne. Notre voisin d'outre-Rhin était au plus bas dans les années 2000, quand la France prospérait encore des fruits d’une croissance retrouvée. L’état d’urgence fut alors décrété sous la forme de l'agenda 2010 initié par Schröder, avant que Angela Merkel ne confirme son orientation. En 2011, ironie du sort, François Bayrou rappelle que la France n’en finit plus de voir les chiffres s’abîmer dans le rouge quand "ceux qui licencient en Allemagne aujourd'hui, ce sont les agences pour l'emploi"!      

Les propositions avancées par Bayrou s’inspirent donc de la recette allemande, forte de son industrie, qui n’a jamais cessé de se diversifier, garantissant un label de qualité, à l’image des messages publicitaires qui vantent le sérieux à l’allemande. Cette recette allemande est guidée aussi en grande partie par l’assainissement des finances publiques. 

Il propose notamment d'encourager la production en France, en détruisant le barrage fiscal des moyennes entreprises créatrices d’emplois, en créant un label comme il en existe pour le commerce équitable ou encore l’agriculture bio, pour sensibiliser le consommateur et responsabiliser des achats qui garantiront ses emplois, deux points de TVA supplémentaires, plus de flexibilité dans l’embauche, l’ajout de deux tranches imposables pour les revenus les plus élevés…

 

Et François Bayrou renvoie à leur manichéisme ceux qui lui reprocheraient de parler d’entreprise : "Il n’y a pas de reconquête possible [de la production] en France sans reconquête de la confiance entre salariés et entreprises. Chefs d’entreprise, encadrement, organisations patronales, syndicats, dans ce grand pays où l’on parle tant, paraissent incapables de s’asseoir autour d’une table, de débattre et de négocier, dès qu’il s’agit de décisions collectives. Tout y est vécu sur le mode du soupçon, de l’affrontement, du conflit. La compréhension mutuelle paraît interdite. C’est une immense faiblesse. Cela empêche des audaces sociales qui sont pourtant la clef des grandes réussites." 

Une position d’autant plus équilibrée que François Bayrou n’omet pas de préciser : "Je ne crois guère, chiffres à l’appui, à la diminution drastique du nombre de fonctionnaires."

 

Une éducation de qualité n'a pas de prix 

Mais il ne peut y avoir de sursaut sans une population correctement formée. L’Education est alors auscultée dans ses moindres détails… Là aussi, le diagnostic est inquiétant. Combien de livres glosent sur cette déchéance, unanimement reconnue ? François Bayrou propose des solutions. Qui risquent de ne pas passer inaperçues, surtout qu’il n’avance pas masqué : "On m’accusera d’être 'réac'. Tant mieux."

Rappelant que c’est "un choix de priorité que de protéger l’éducation en maintenant, sur une longue période, les moyens qui lui étaient alloués", il lance sans ambiguïté : "Dois-je rappeler, à ceux qui trouvent que l’enseignement est trop cher, quel serait le coût de l’ignorance ?"

 

François Bayrou à Paris le 31 mai 2011 (IBO/SIPA)

François Bayrou à Paris le 31 mai 2011 (IBO/SIPA)

 

Puis il propose quelques pistes, qui dénotent déjà avec les orientations prises tant à droite qu’à gauche : la fin de l’idéologie des perpétuels petits groupes, quand la vocation de l’école est d’amener à l’autonomie des élèves, des programmes stabilisés pour la cohérence et votés par le Parlement pour en soustraire l’amphigouri jargonneux, un collège qui ne contente pas d’être unique, "inique", mais qui impose des recours effectifs aux décrocheurs. 

  

Ce n'est pas tout, il propose aussi la réévaluation des objectifs, et non le nivellement par le bas auquel on procède pour cacher la misère de nos résultats, une Terminale en forme de propédeutique à l’Université, la transmission de l’expérience des enseignants qui réussissent, tout en garantissant la liberté pédagogique de chaque professeur, qui n’a pas à se voir imposer une idéologie par un ministre…

Reste la question légitime qui se pose pour gouverner : avec quelle majorité Bayrou compte-t-il travailler s’il venait à être élu ?

 

La droite et la gauche, un clivage traditionnel dépassé

En cet état d’urgence, le clivage droite/gauche est devenu une alternative obsolète. Bayrou dénonce les promesses mirobolantes et intenables de la droite et de la gauche, avec pour seule recette la Providence : "Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie." Avant de prédire : "Si la guerre des deux perdure, c’est la certitude de l’échec et, partant, la certitude du clash."

Pour fréquenter les couloirs de l’Assemblée, François Bayrou sait qu’au-delà de la comédie des masques qui se joue dans l’hémicycle, une bonne majorité de chacun des deux clans rejoint la vision et les idées qu’il propose. 

Et ce qui était séduisant en 2007 devient impératif pour 2012 : la France ne se sortira de cette opposition pavlovienne qu'avec une union nationale : "Quand on sait que des efforts devront être consentis, chacun des citoyens doit avoir la certitude que les décisions prises ne seront ni partiales ni partisanes, qu’elles ne serviront ni intérêts de groupe, de classe ou d’idéologie. Le pluralisme de la majorité garantira que les décisions seront nécessairement d’intérêt général."

 

Comme en Allemagne qui fit travailler, main dans la main, les ennemis jurés de la CDU et du SPD… "Les politiques abandonnent leur confort et leurs habitudes, leurs préventions et leur égotisme, acceptent de partager l’effort et même la possible impopularité."

 

François Bayrou le 10 mai 2011 à Paris (WITT/SIPA)

François Bayrou le 10 mai 2011 à Paris (WITT/SIPA)

 

Refuser le manichéisme que la tradition impose, au point de s’imposer comme l’homme qui pourra rendre possible cette union : "Une des meilleures définitions du centre, au fond, c’est qu’on n’y est pas obligé de détester ses adversaires."

Mais pour ce faire, il faudra bien évidemment que certains acceptent de délaisser la politique des clans. Pour François Bayrou, c’est seulement à ce prix que l’état d’urgence, qui "est précisément le temps pendant lequel on peut encore faire quelque chose" laissera sa place à d’autres, plus apaisés.

 

Certes, on pourra toujours reprocher à François Bayrou de ne pas avoir chiffré ses propositions, et même de ne pas avoir tranché, notamment concernant le financement de la CSG par la TVA comme le préconise depuis des années Jean Arthuis, mais 2012, Etat d'urgence n'est pas un programme. Pas même un acte de candidature. Juste un engagement qui laisse entrevoir un projet. La voie qu'il espère voir la France emprunter. De là à se voir en guide, il y a un pas que François Bayrou ne franchit pas encore...

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Published by Alain Marçais - dans 07.Actualité nationale
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